Nouvelle rubrique
J'aime lire, mais j'apprécie aussi beaucoup écrire. Je souhaite donc d'abord vous proposer un petit texte écr.it suivant une consigne : utiliser ces mots : Docteur-alice-journée pluvieuse-espace intersidéral- Victor Hugo :
Victor retrouva Alice chez le docteur, comme prévu. Cela faisait maintenant quelques mois qu’ils essayaient d’avoir un enfant, et cette fois semblait la bonne.
Tout tremblant à l’idée que la nouvelle fut enfin positive, il arriva crispé au cabinet médical.
Alice, rayonnante sentait, elle que c’était enfin la bonne. Elle en était sûre, cette fois, elle était enceinte.
Le médecin fit une prise de sang, rassura le possible futur père pour calmer sa nervosité et leur parla des précaution à prendre pour permettre au futur bébé de se développer au mieux dans le ventre de sa mère.
Soudés l’un à l’autre par leurs mains enlacés, le jeune couple sortie donc fébrile. Les résultats étaient pour le lendemain.
La journée avait été pluvieuse mais la fin de semaine s’annonçait plaisante. Harassés tous deux par le stress, il décidèrent de rentrer chez eux pour se faire un bon repas et se coucher tôt. Le samedi serait calme, et dès la réception des résultats ils appelleraient leurs parents avant de prendre la route pour les montagnes toutes proches.
La voiture roulait à vive allure, une nouvelle averse venait d’assombrir le ciel, faisant comme un rideau les isolant du monde. Le moteur ronronnait, une douce chaleur les tenait au fond de leur siège, et la station de radio sans publicité comblait un silence serein.
La route se poursuivi de longues minutes.
Victor, attentif, se tourna soudain vers Alice comme pour quérir son approbation. Mais la jeune femme dormait.
Il replaça son regard sur la route pour prendre une énième fois le même virage suivi de la même ligne droite, bordée des mêmes arbres… Comme si à son insu le paysage c’était mis en boucle.
De plus en plus surpris, il fini par doucement poser sa main sur le bras de sa femme. Dans un sommeil paisible mais léger, elle se réveilla rapidement.
« Peux-tu regarder la route avec moi et me dire si toi aussi tu la trouves bizarre ? »
Surprise, elle fixa son attention sur le paysage qui se laissait dessiner à travers les trombes d’eau. Et après une dizaine de minutes pendant lesquelles le silence était devenu assourdissant malgré la musique, elle le regarda. Son front était plissé et sa bouche pincée. Toute la douceur présente sur son visage depuis le début de la journée avait disparu.
Décidant d’en avoir le cœur net, il avisa un bas côté praticable et arrêta la voiture. Se tournant sur son siège pour attraper sa veste, il jeta un œil par le pare-brise arrière et se stoppa net dans sa contorsion. Opaque, tout était opaque, sans visibilité, comme enfermé dans un garage avec la lumière d’une journée de pluie.
Surprise de son arrêt Alice se tourna à son tour et s’accrocha à lui de surprise. Que leur arrivait-il ? Que se passait-il ?
Attrapant à son tour son manteau, elle l’embrassa sur la tempe et lui intima de sortir avec lui. Elle courut, fit le tour de la voiture et se colla contre lui. Ni devant eux, ni derrière eux, ni nulle part. Il n’y avait plus rien. La voiture, et eux.
Ils firent quelques pas s’éloignant de la voiture mais y revinrent rapidement : à mesure de son éloignement, elle disparaissait. Comme si à chaque mètre qu’ils faisaient, elle en faisait autant de son côté.
Affolés, ils remontèrent en voiture. Les portent fermées, ils se blottirent l’un contre l’autre autant que ce fut possible avec le levier de vitesse entre eux.
Regardant de nouveau autour d’eux, ils se retrouvèrent comme isolés. La route était devenue invisible et « l’extérieur » avait disparu.
La musique fut comme en diapason avec la situation et un tango étira ses plaintes. Chaque musique, aussi mélancolique qu’elle soit, rendait la situation plutôt réaliste et détendu.
Les nerfs de chacun d’eux se relâchèrent enfin.
Comme dans une dimension parallèle, la réalité avait changé, et petit à petit la lumière réapparue, l’opacité, disparue pour laisser place à un soleil naissant.
Rythmé, le tango était comme un rideau révélant doucement un nouveau paysage.
La voiture faisait face à la mer, garée avant le sable, la plage s’étendait devant eux.
Surpris et souriant, ils sortirent enfin de voiture. Ils y laissèrent leur manteau et quittèrent rapidement leurs chaussures près des roues.
Victor pris la main d’Alice et doucement gagnèrent les vaguelettes sur le bord.
Ne se souciant pas de leur pantalons ils marchèrent, l’eau jusqu’aux genoux, se dirigeant vers un ponton lointain.
La musique tango continuait tout naturellement à les accompagner.
Après quelques minutes, ils remontèrent la plage en direction de serviettes sur le sable. Au milieu était un panier rempli de victuailles. Affamé d’un coup, ils sortirent les provisions et concoctèrent un pique-nique improvisé. Se délectant de mets inconnu mais si familiers à la fois, comme des amoureux qu’ils étaient, ils se firent manger l’un l’autre, ils se léchaient le coin de la bouche, s’embrassait la bouche pleine et surtout riaient de bon cœur.
Le festin achevé ils sortirent une belle et grande couverture du panier qui semblait sans fond et s’y couchèrent, enlacés. Le soleil se couchait maintenant.
Le tango plus discret était toujours dans l’air. Une légère brise vint les ébouriffer. Et le soleil continuant sa course inexorable vers une chute finale, ils s’endormirent.
A leur réveil, la lune brillait haut, l’air était toujours chaud et l’eau éclatait de mille et un scintillement.
Ils se retournèrent et retrouvèrent leur voiture. Tout naturellement ils reprirent une route jamais empruntée, et le tango redevint petit à petit la radio.
Et comme dans un songe le paysage maritime redevint la route de campagne, avec ses virages et ses lignes droites longées d’arbres.
Arrivés chez eux, ils stoppèrent la voiture devant la maison et Victor éteint le moteur.
Doucement il se tourna vers Alice et chercha dans son regard le reflet des moments passés. Les yeux bleus de la jeune femme lui renvoyaient la réponse qu’il cherchait.
Ils avaient fait un voyage inconnu, et surtout, ils savaient d’où cela leur venait.
Leur bébé les avait guidé sur la voie. Il serait là bientôt, et c’est dans cet espace intersidérale qu’il lui avait donné tout l’amour et la force dont il avait besoin pour exister réellement.
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